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03/03/2018

Vero : Vraiment social ?

À l’heure où je me pose pas mal de questions sur l’usage de mes réseaux sociaux, notamment en matière de photographie, une énième application vient compliquer ma réflexion : VERO. Quatre lettres relativement discrètes depuis le lancement de l’app en juillet 2015, pourtant au-devant de la scène depuis plusieurs semaines.

L’engouement qu’il semble soudainement susciter s’avère être la seule actualité récente notable. Le réseau mène en effet une campagne d’ampleur auprès « d’influenceurs », parfois relayée par certains médias US comme « une migration massive » d’utilisateurs Instagram vers Vero. Voyons de quoi il retourne.

RÉSEAUX ACTUELS

Depuis l’avènement des réseaux sociaux via le succès de Facebook, YouTube et Twitter, la multiplication des plates-formes aussi diverses que variées est incessante. Nombreux sont ceux qui veulent leur part du gâteau. Qu’il s’agisse de contenu artistique/culturel (Instagram, Vimeo, SensCritique, etc.) ou de toute autre chose comme des lieux (Mapstr, Foursquare), nous avons l’embarras du choix…

Selon le réseau utilisé, il est parfois nécessaire d’adapter son contenu afin qu’il s’y intègre au mieux, visuellement parlant. Par exemple, sur Instagram une photographie au format paysage n’aura pas le même impact qu’une image 4×5 (portait), il suffit d’observer les comptes les plus populaires pour s’en apercevoir. Là où la première n’occupe que 50% de l’écran de l’utilisateur, la deuxième couvrira 80%. Souvenons-nous qu’à la base cette application mobile ne disposait pas d’interface web, n’autorisait que les photos carrées tout en imposant une utilisation et un affichage à la verticale.

Grâce à l’évolution de la taille des smartphones plus rien ne s’opposait à l’apparition d’images au format paysage ou portrait (depuis 2015). Tout cela pour dire que ces restrictions ont une influence directe lors la prise de vue, avant même la mise en ligne du cliché : le cadrage doit pouvoir s’adapter tout en gardant la composition et le message voulu par le photographe, ce qui n’est pas toujours chose aisée. Un des inconvénients d’Insta, pour moi la photo ne se limite pas au seul format 4×5.

D’autre part, ces géants ont tous un point commun : la publicité. Au départ inexistant sur la plupart d’entre eux, la place qu’elle occupe n’a cessé de croître au fil des années. Instagram en est un exemple criant : dans votre feed, une publication sur six est une publicité ! Ce ratio aussi impressionnant qu’excessif permet d’évaluer les conditions de la gratuité d’un service comme celui-ci. Relativisons tout de même je me plais à utiliser Insta au quotidien, mais je ne me vois pas payer pour autant. Souhaitons que cette publicité omniprésente soit le plus discrète possible…

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Un sondage prometteur pour l’avenir d’Instagram.

Une autre nouveauté ne cesse d’attiser les plaintes des utilisateurs : les algorithmes. En constante évolution, ces formules de calcul très complexes n’ont pas fini de venir troubler la chronologie de nos flux d’actualités, d’images. Facebook, Instagram et YouTube ont déployé de véritables usines à gaz destinées à « améliorer » notre expérience utilisateur. Sur le papier l’idée est géniale, le réseau s’adapte à nos habitudes, nos goûts, nos envies en nous proposant du contenu plus ciblé.

Sauf que la réalité est tout autre : pertes massives d’abonnés et/ou d’abonnements, diminution de visibilité pour certains posts, et j’en passe. À tel point que diverses techniques destinées à contrer ces bugs circulent ici et là : activation des notifications pour les nouveaux posts, commentaires et likes systématiques sur les posts. Quoiqu’il arrive les recettes de ces algos restent des secrets bien gardés.

J’ai volontairement pris l’exemple d’Instagram étant donné qu’il du réseau que j’utilise le plus en ce moment.

VERO ?

Entrons dans le vif du sujet, comment fonctionne VERO, quelles sont les possibilités offertes ? Cette app car il ne s’agit que d’une application à l’heure actuelle, permet de partager pas mal de choses : photos, vidéos, livres, lieux, liens, films/séries et musique. L’ensemble de ce contenu est organisé par type au sein d’une bibliothèque appelée « collections ». À noter que plusieurs niveaux de visibilité sont disponibles pour les publications. Un concept général somme toute assez basique, non sans rappeler celui de Facebook ou Path.

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@LePhotographe_ résume assez bien le concept de Vero.

INTERFACE ET FONCTIONNALITÉS

Sombre et moderne, l’interface de Vero se veut minimaliste. L’attention de l’utilisateur reste ainsi focalisée sur le principal, le contenu. Chaque publication est présentée sur un fond flou reprenant ses propres couleurs, un effet visuel plutôt agréable.

À l’inverse d’Instagram, Vero n’empêche pas l’affichage horizontal (fullscreen) des posts. Un choix judicieux, qui rend plus agréable la consultation d’une photographie au format paysage ou d’une vidéo.

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Comme je l’ai dit plus haut, les publications disposent de plusieurs niveaux de visibilité allant du plus restreint au plus ouvert : ami proche, ami, connaissance et abonné. Sans être révolutionnaire, ce système légèrement plus évolué que celui de Facebook n’est pas dénué d’intérêt.

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Autre argument clé mis en avant : l’absence d’algorithmes. Votre fil d’actualité reste chronologique et ne subit aucune manipulation. Une situation assez troublante au départ, étant donné que nous ne sommes plus habitués à ce mode de fonctionnement. Non sans nous rappeler le modèle de Instagram ou Facebook, il y a quelques années de cela.

Quelques fonctionnalités spécifiques aux publications sont également disponibles, telles que le partage vers Facebook ou Twitter (rendu visuel optimisé), l’ajout de hashtags ou d’un avis (recommande/ne recommande pas). Une messagerie interne est aussi disponible, elle reste néanmoins limitée à vos seuls contacts…

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BUSINESS MODEL

Vero semble vouloir tenir la promesse d’un réseau sans publicité au sein du fil d’actualité, n’exploitant pas les données personnelles de ses utilisateurs à des fins commerciales. Pas de pub, aucune exploitation de données utilisateurs, quelles sont donc les sources de revenus du site ?

Penchons-nous d’abord sur l’engouement soudain autour de ce réseau social, qui rappelons le a été lancé en juillet 2015. Résultat d’une campagne marketing débutée fin 2017 auprès « d’influenceurs » Instagram, il ne doit rien au hasard. L’instagrammer annonce à ses abonnés avoir créé un compte sur Vero, justifie son choix par un ras-le-bol de la publicité et des algorithmes. Vient s’ajouter à cela un bruit médiatique parlant d’une migration d’utilisateurs Instagram vers Vero. Ne manque qu’une intervention des fondateurs de l’app : offrir un compte gratuit à vie au premier million d’utilisateurs. Passé ce cap symbolique, l’utilisation de l’app deviendra payante (contribution annuelle).

Reste à laisser travailler l’effet d’annonce et récolter les ouvertures de comptes (600 000 selon un des fondateurs). Une stratégie plutôt bien huilée n’est-ce pas ? Un moyen d’augmenter rapidement le nombre d’utilisateurs de l’app, même si le plus dur sera de les garder après le déploiement de cette formule payante…

Tout semblait bien préparé dans cette opération de communication, à quelques détails près : une saturation des serveurs face à l’affluence massive de ces derniers jours ; mais aussi et surtout un emballement autour du passé et de la personnalité du fondateur de Vero, le milliardaire Ayman Hariri. Ce dernier est au coeur d’une affaire sociale en lien avec l’entreprise Saudi Oger (dont il a été le vice-président), géant du BTP basé en Arabie-Saoudite. Pas mal d’articles traitent du sujet ici et .

Je ne sais pas vous, mais un CEO qui prône les relations humaines dans ce contexte peine à me convaincre… Ces révélations ont eu un effet boule de neige sur les réseaux, entraînant ainsi une vague de suppressions de comptes dont j’ignore le nombre. En me fiant à l’ensemble de mes contacts (Twitter et Instagram) cela semble tout de même non négligeable.

LICENCE ET DONNÉES

Après une lecture attentive des conditions générales d’utilisation, il apparaît que l’utilisateur accorde une licence perpétuelle à l’entreprise sur contenu qu’il publie. Vero peut donc utiliser notre contenu sans aucune restriction ou obligation (accord, rémunération, etc.), tant que cet usage est réalisé dans le cadre des activités directes de l’entreprise. Autrement dit, si une de vos photos vient à illustrer une campagne de pub à l’image de l’application dans le métro, vous n’aurez aucun moyen de vous y opposer et encore moins de récupérer un centime pour cet usage (étant donné que vous approuvez ces conditions à votre inscription en cochant la case dédiée).

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Ah oui, j’allais oublier. Supprimer votre compte est soumis à autorisation, une fois ceci fait sachez que « Vero peut conserver vos informations de profil et le contenu de l’utilisateur pendant une période commercialement raisonnable à des fins de sauvegarde, d’archivage ou d’audit » (indiqué dans la politique de confidentialité).

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CONCLUSION

Ces découvertes mettent en évidence que les valeurs prônées par Vero et ses fondateurs, ne semblent pas être en phase avec les conditions générales d’utilisation. Raison pour laquelle je laisse mon compte de côté pour le moment. Je préfère me concentrer sur Instagram et 500px, à eux deux ils m’offrent une bonne visibilité et se rapproche de ce que je recherche pour mes usages.

Dans ces conditions je doute que les intentions de Vero aussi bonnes soient-elles, puissent lui apporter le succès escompté sur la durée. D’autant plus que face à une concurrence gratuite (financée par la publicité), le modèle payant peine encore à convaincre.

J’espère que cet article vous aura permis d’en apprendre un peu plus sur Vero. Dites-moi en commentaire si vous comptez rester sur ce réseau ou au contraire, en partir sans plus attendre…!

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  1. eckodeath dit :

    Salut Matt,
    Encore une fois tu ponds un excellent article, très détaillé, qui permet de savoir dans quoi s’embarquent les futurs/actuels utilisateurs de ce « nouveau réseau social » qui après avoir lu les conditions générales semble loin de l’image qu’il essaye de donner !
    Bien joué !

    1. Matt Moak dit :

      Merci beaucoup pour ce retour Kurt ! Moi le premier j’ai été séduit par les promesses de Vero, je reste néanmoins réservé quand aux conditions de la licence… 😬

  2. Maxence Barbou dit :

    Salut Matt! Merci pour ton article, il est top.
    Depuis le début je me doutais bien qu’il y avait quelque chose de pas normal, tu te lèves le matin; et tout le monde parle de VERO, tout le monde annonce « quitter » tel ou tel réseau… Ok. A ce jour je suis persuadé que les influenceurs en question sont déjà revenu sur des réseaux comme Instagram. C’était donc inutile sauf pour récupérer l’argent du coup de com ☺️😏
    Encore merci,

    1. Matt Moak dit :

      Salut Maxence. Merci à toi ! Oui c’est probable, la visibilité offerte par Vero n’a rien à voir avec celle d’Instagram. Je vois mal ces « influenceurs » tout miser sur un coup de com’. 😉

      À plus !

  3. thibaudd dit :

    Aah j’ai enfin quelques minutes derrière un clavier pour rédiger mon commentaire. Je n’ai pas envie de revenir sur le passé douteux des créateurs du réseau, ni même de tous les trackers que Vero demande sur nos smartphones, etc. Je veux juste parler de la pertinence de ce réseau. On a déjà eu un échange sur le sujet mais je pose ma réflexion sur le sujet : je n’y crois pas du tout.

    Vero propose une interface magnifique et « une nouvelle façon de partager » mais on a déjà essayé et le souci est toujours le même : seul les #geek teste ça. Les autres, ils restent sur ce qu’ils connaissent : Facebook, Instagram, Snapchat, Twitter (et encore pour le dernier, c’est moins vrai). Je pense qu’il est trop pour ce genre projet, d ‘autres ont essayé : Google Plus, Mastodon, Path, etc.

    Bref, j’ai reçu la confirmation ce matin de la suppression de mon compte 🙂

    1. Matt Moak dit :

      Salut Thibaud ! Il est vrai que nos habitudes sont ancrées dans un nombre de réseaux assez limité.

      La solution réside dans l’évolution des grands réseaux existants et non dans la venue d’un nouvel acteur…

      Je te rejoins, il est quasi impossible de détrôner ces mastodontes. Même avec une idée aussi bonne soit-elle… 😉

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